Déversoir

05 janvier 2018

Carmen, début 2018

La pluie douce dessine des ronds dans l'eau, des cercles concentriques s'effaçant les uns les autres. A la mesure des secondes s'écoulant, l'eau rythmique nous offre une danse souple et presque silencieuse.

Toute la vie ne consiste-t-elle pas à se dire au revoir, puisqu'on sait sa propre finitude dès le presque-début ? Que peut-on faire d'autre que d'agir chaque instant avec la perspective d'une mise à l'arrêt plus ou moins prochaine ?

Ma mère se frotterait les yeux si elle pouvait lire mes lignes. Elle qui ne vivait que dans un présent à l'avenir garanti, persuadée et persuadant que le meilleur restait à venir, que les rencontres, les partages et les échanges étaient moteurs et raisons de continuer ainsi. Lorsqu'elle convoquait des souvenirs, ces derniers embellissaient l'instant et promettaient encore de plus belles évolutions.

Je prends le contre-pied - que pouvais-je faire d'autre.

J'ai conscience qu'il ne faut plus que je m'acharne à comprendre le "pourquoi", mais que je m'attache à faire avec : "comment ?". C'était la magie de l'époque où la mort n'était d'une ombre vague sur le lointain horizon, que de ne pas connaître ces deux questions. De ne pas être au pied du mur, forcée de faire un choix entre desserrer les mains qui agrippent mon cou et m'étouffent de jour en jour ; ou bien tenter de respirer en me fondant dans l'atmosphère, en rendant souple le solide, en démolissant quelques socles à mon identité profonde. Vouloir comprendre m'a coûté une longue hypoxie - laisser tomber et chercher comment faire avec m'a redonné un souffle de vie inespéré.

Je ne saurais dire pourquoi la pluie me procure des sensations si agréables, un écho profond et précieux révélant un grand apaisement intérieur. Je sais cependant que j'attends ces jours gris et maussades tout l'été, et que lorsqu'ils sont là, je souhaiterais qu'ils ne finissent jamais.

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01 janvier 2018

Un télégramme du bout de mon âme (qui a vieilli)

Cela fait presque mille huit-cent jours, et je reviens à pas feutrés dans mon ancien chez-moi, cet espace virtuel tout tapissé d'écrits divers...

2018 commence avec Carmen, tempétueuse et magistrale. C'est un beau et bon début d'année, le vent et la grêle peuvent fendre l'horizon et balayer les fausses vertus. Il faut d'abord se déshabiller et se voir nu, avant de prétendre à de quelconques apparats.

Ils approchent, les cinq ans de ta disparition, de l'évanouissement de ton âme, du début de ce manque cruel qui m'a ravagée plus qu'aucun traumatisme n'aurait pu le faire. Ils approchent et je suis - sinon prête - bien disposée à les accueillir. Puisque j'ai compris que je ne pourrais plus faire que cela, prendre acte du temps qui passe sans toi. Tu es ma nouvelle horloge, mon métronome quotidien, tu rythmes mes jours et mes nuits.

Carmen, c'était la chienne de mon enfance, solide beauceron né deux ans avant moi et qui tournait autour de mon landau pour que personne n'approche - sauf toi. Même papa avait droit aux grognements, pour peu qu'il éleva la voix... Carmen était ma gardienne, et son retour aujourd'hui en furie météorologique me fait largement sourire.

Il n'est pas de meilleur début d'année possible, et je suis apaisée.

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08 novembre 2015

Mille jours

Presque mille jours sans toi.

Et mille neuf cent cinquante-six jours qui m'ont conduit à voir la vie autrement, à sentir la vie autrement. C'est drôle, parce que les nombres se faisaient plus pregnants depuis quelques jours, et parce que tu es née en mille neuf cent cinquante-cinq. Je n'arrive pas à parler de toi au passé, toujours pas. Pourtant, tu n'es plus que sous cette sépulture que je fleuris ardemment, comme un mausolée amoureux. Et, encore, quand je parle de toi, on me dit que tu n'es plus, même là-dessous.

Sais tu que ton premier amour et grand amour, ton mari, le père de tes enfants, m'a affirmé que cela ne représentait plus rien pour lui. Il court, il détruit, il casse, il reconstruit, il fait du sport, il voyage. Depuis toi, depuis nous, je n'ai pas revu le père que j'avais toujours connu. Il est peut-être quelque part au-dessus de ta pierre tombale, en train d'errer, de tourner et virer, se demandant comment sortir de son marasme. Et, à s'agiter ainsi en tout sens, il se dessèche, se dénutrit, se carence. Et puis, comme toi, il finira par pourrir.

Exactement neuf cent quatre-vingt dix-sept jours et presque huit heures que tu as quitté le monde - et que tu as laissé le mien effondré, brutalement, dans une tornade pourtant prévisible, mais que je n'avais pas pu anticiper. Je pourrais me répéter à l'infini, décrire la tristesse de mon univers depuis que tu n'es plus là, ne cesser de fantasmer ces moments, ces rêves où je me blottis tout contre toi, où tes douces mains rencontrent longuement mes joues. Je pourrais, vraiment - d'ailleurs, spontanément, c'est tout ce qui nait sous mes doigts. Je n'ai de cesse que de formuler mon manque, ton absence, ma souffrance - comme si, en les poussant un peu dehors, en leur donnant l'habit des lettres, ils étaient moins présents à l'intérieur. Peut-être.

Mais quand même, presque mille jours que tu n'es plus. Pourquoi, comment est-ce que je suis arrivée à survivre ? Pourquoi le monde entier n'a-t-il pas trouvé sa fin avec la tienne ?
Comment faire pour survivre encore, pour me lever demain, après la nuit qui m'aura encore un peu plus éloignée de la belle vie, dans un matin de plus, terne et triste, qui n'apporte rien de plus que la vie usuelle du cosmos, de la Terre, vidée de liens et d'affection subjective ?

Ton fantôme, ton étoile dans la Grande Ourse, m'accompagne. On roule vite, sur l'autoroute. Et quand je crois que tu es derrière, me retournant compulsivement, desespérée, tu reviens juste à côté de moi ; alors j'appuie ma joue contre la vitre en fermant les yeux. Tu me regardes, de ta constellation. Mais je ne crois pas que tu puisses sourire.

Ce huit novembre deux mille quinze, et son soleil éclatant qui ne durera plus guère, ses jours qui raccourcissent, et sa nuit noire qui vient nous engloutir dès la fin d'après-midi. Les oiseaux se rassemblent et vont bientôt partir, juste avant que le gel et le froid n'envahissent tout. Je les attends avec impatience.
J'aime ce moment où le temps se ralentit, puisque tout devient plus sombre, puisque la douceur s'efface pour un fond d'air humide ou glaçant.

Presque mille jours sans toi.

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06 novembre 2015

Recours

Il n'y a plus d'ivresse, plus de fête. Il n'y a plus de moments de lévitation, légèrement au-dessus du sol, pour m'aider à supporter mes rêves.
J'ai certainement dû trouver vain que de m'entourer de compagnons de galère aussi paumés que moi.

Il n'y a plus de soirées noires, si noires qu'elles en devenaient destructrices et ravageantes. Ces soirées de solitude, passées à me détruire, épuisaient inexorablement ce qu'il me restait de dignité.

Je ne pensais plus, je n'écrivais que l'essentiel à ma survie, et j'imagine que tout mon être se tendait en permanence vers ce qu'il reste de toi, sous terre.

J'en aurais pris, du temps, pour retrouver mes esprits.


L'ivresse, cette sensation de pouvoir faire bloc avec son corps. Juste avec son corps. S'en servir comme instrument de défouloir, comme objet de décharge, pour soulager ce qui gronde en permanence sous ma boîte cranienne.

Il y avait l'ivresse, il y avait le plaisir qui se transforme en souffrance ; et, surtout, il y avait le secret dont je recouvrais minutieusement ces pratiques. 

Aujourd'hui, un fil de pensée arrive à s'enchaîner dans ma tête sans que je n'éclate en mille morceaux. Aujourd'hui arrive à se figurer qu'il a été hier, et qu'il sera peut-être demain.

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03 novembre 2015

Le bruit de la céramique du bol posé sur le carrelage

Nous sommes le trois novembre deux mille quinze, déjà.
Le temps passe et s’égrène, sans que je puisse en apprécier les nuances de couleurs. Le temps passé s’engouffre en bourrasque dans le sillon que mon être a creusé, et il se fond dans le noir qui recouvre déjà le chemin parcouru. Je tourne mes yeux, et rien ne reste. C’est comme ça, la vie, avancer pour ne rien retenir – avancer pour ne garder que des images, en souvenir.
Le mot souvenir. Encore un mot galvaudé, vidé de sa substance et de son essence par la communauté qui l’emploie à tort et à travers. C’est tellement plein, un souvenir. C’est tellement gros, tellement chargé. C’est tellement lourd.
Mais, rendu passe-partout par la période des morts, par les guerres mondiales, le onze septembre, le mois de janvier et tant d’autres évènements malheureux, le mot souvenir s’est vidé. Comme une descente d’organes, tout son sens a glissé vers l’extérieur et s’est répandu sur la chaussée, pour finir dans le caniveau.
Aux égouts, les images sensées.
A la trappe, les sentiments riches et contradictoires, l’envie de faire pour recréer, et celle de rester immobile à juste ressentir.
Aux rats et aux cafards, cette immense joie de seulement pouvoir se rappeler.
Nous en sommes là.

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