Après six jours tout au fond de l'enfer, mes yeux ont été obligés de se plisser à l'ouverture du volet. Ce sont les jambes du soleil qui sont descendues jusqu'à moi, je dois sûrement être revenue sur terre sans m'en rendre compte. J'ai pu observer le gel se disloquer et se fondre, puis couler le long des tiges vertes - leurs couleurs comme ravivées par l'astre jaune. A midi déjà, il ne restait plus rien de glace, l'ombre conservant à peine, sous son aile, quelques vestiges argentés et scintillants. Le bleu pâle du ciel se laissait entrevoir derrière les traînées blanches des hauts nuages. C'est dans ces temps froids et beaux qu'on croit voir un monde nouveau, lisse, propre, riche de secrets et de mystères cachés, quelque part dans les hautes montagnes, dans les profondes abysses. Ces feuilles qui luisent si fort qu'elles sembleraient fausses si un léger frémissement ne venait pas les troubler de temps à autre. L'atmosphère immobile fige les murs blancs des maisons, leurs tuiles de mousse séchée, le linge sur un étendoir, derrière la fenêtre et les petits portails en bois. Les arbres réduits à de petits bouts de bois secs sans bourgeons encore, les haies touffues et olympiennes, l'herbe étendue, dense et rase, attendant patiemment le redoux.
Après six jours de fièvre je me réveille sur un paysage froid, tellement glacial que je me demande encore si lorsque j'ouvrirais la porte, je pourrais en faire partie, où si cela restera en toile de fond derrière mes pas, comme une carte postale, trop belle pour la réalité.