Quelle sorte de bête immonde a pu faire disparaitre ce profil fier, ces mains douces, ce chaleureux sourire, ce regard pétillant ? Quelle espèce de dégueulasserie extraordinaire a pu réduire à néant cette farandole de mots, cette intelligence humaine, toutes ces pensées qui n'ont pas eu le temps de s'exprimer au monde ?

Quelle famille de crabe peut ainsi s'étendre dans un organisme aussi fort, aussi sereinement optimiste, presque éternel ? Le cancer, au fond, est une pauvre chose, qui suce l'énergie pour finalement s'autodétruire lorsqu'il n'y a plus rien à puiser. Il est voué à son propre échec, et pourtant, prolifère avec force et rapidité. Comme pressé d'en finir avec son état de parasite. Le cancer est kamikaze.

Vivre en détruisant, gagner en force en affaiblissant. Et finalement terminer en poussière, tout comme le corps attaqué. Le cancer est-il une partie du corps, ou est-il apporté par quelque élément externe à ce dernier ? Cette question ne pourra rien changer au dénouement tragique, mais elle revient me tarrauder régulièrement.

Y'a-t-il quelque chose de plus fort que l'amour, contre la mort ?

Que peut-on vraiment conserver de ce qui a à tout jamais disparu ?

Je n'ai de cesse de me demander à quel moment j'aurais pu prévenir le désastre. Avoir l'idée d'un dépistage. Revenir en arrière, faire un saut dans le temps, pour alerter, pour que cette saleté de crabe soit égorgé à temps. Pour qu'elle puisse vivre encore longtemps.

De toute manière, tout cela n'est pas réel.

Je ne peux que me dire qu'elle est encore vivante, quelque part. Elle ne pourra jamais disparaitre.