Nous rentrons à la maison, enfin. Nous étions partis en voyage sans toi, car tu ne pouvais pas nous suivre. Tu étais trop malade. C'est bizarre, mais c'est comme ça.
J'ouvre la porte et, spontanément, je te serre dans mes bras. Je sens ton corps anormalement maigre, tes os sous mes doigts. Tu as une figure de presque morte. Et quand je te le demande, tu me réponds brusquement "ça va, ça va bien". Agacée, visiblement, tu te comportes comme si tu étais en pleine forme avec cette pleine conscience que tu mourras dans quelques jours ou quelques semaines.

Je ressens l'irrépréssible besoin de profiter de toi, de ta présence.
Maintenant.
Tout le temps. 
Je veux te toucher, t'embrasser.
Maintenant.
Tout le temps. 

Tu pars dehors, dans le jardin, et je me sens maladroite de vouloir tant me repaître de toi, de ta douceur : je te rappelle que, bientôt, tu ne seras plus là.

Je vois très flou ton corps cadavérique auquel tu insuffles tant d'énergie. Je perçois ta tendresse mais ton énervement quand je cherche à en faire trop.
J'ai peur, j'ai tellement peur que je commence à ne plus arriver à respirer. Je reste, le souffle court, à t'observer t'affairer dans le jardin. Tu as toujours aimé jardiner.
Je suis tellement mal que j'ai envie de vomir, et je pleure, beaucoup, en me cachant de toi.

Et puis, je me réveille avec une gueule de bois. Mon oreiller est trempé de larmes. Tu n'es plus là. Et, comme à l'accoutumée depuis ce mois de février, je me recroqueville tout contre ton absence, tout contre ce vide auquel je ne peux pas donner de nom.