Nous sommes le trois novembre deux mille quinze, déjà.
Le temps passe et s’égrène, sans que je puisse en apprécier les nuances de couleurs. Le temps passé s’engouffre en bourrasque dans le sillon que mon être a creusé, et il se fond dans le noir qui recouvre déjà le chemin parcouru. Je tourne mes yeux, et rien ne reste. C’est comme ça, la vie, avancer pour ne rien retenir – avancer pour ne garder que des images, en souvenir.
Le mot souvenir. Encore un mot galvaudé, vidé de sa substance et de son essence par la communauté qui l’emploie à tort et à travers. C’est tellement plein, un souvenir. C’est tellement gros, tellement chargé. C’est tellement lourd.
Mais, rendu passe-partout par la période des morts, par les guerres mondiales, le onze septembre, le mois de janvier et tant d’autres évènements malheureux, le mot souvenir s’est vidé. Comme une descente d’organes, tout son sens a glissé vers l’extérieur et s’est répandu sur la chaussée, pour finir dans le caniveau.
Aux égouts, les images sensées.
A la trappe, les sentiments riches et contradictoires, l’envie de faire pour recréer, et celle de rester immobile à juste ressentir.
Aux rats et aux cafards, cette immense joie de seulement pouvoir se rappeler.
Nous en sommes là.