La pluie douce dessine des ronds dans l'eau, des cercles concentriques s'effaçant les uns les autres. A la mesure des secondes s'écoulant, l'eau rythmique nous offre une danse souple et presque silencieuse.

Toute la vie ne consiste-t-elle pas à se dire au revoir, puisqu'on sait sa propre finitude dès le presque-début ? Que peut-on faire d'autre que d'agir chaque instant avec la perspective d'une mise à l'arrêt plus ou moins prochaine ?

Ma mère se frotterait les yeux si elle pouvait lire mes lignes. Elle qui ne vivait que dans un présent à l'avenir garanti, persuadée et persuadant que le meilleur restait à venir, que les rencontres, les partages et les échanges étaient moteurs et raisons de continuer ainsi. Lorsqu'elle convoquait des souvenirs, ces derniers embellissaient l'instant et promettaient encore de plus belles évolutions.

Je prends le contre-pied - que pouvais-je faire d'autre.

J'ai conscience qu'il ne faut plus que je m'acharne à comprendre le "pourquoi", mais que je m'attache à faire avec : "comment ?". C'était la magie de l'époque où la mort n'était d'une ombre vague sur le lointain horizon, que de ne pas connaître ces deux questions. De ne pas être au pied du mur, forcée de faire un choix entre desserrer les mains qui agrippent mon cou et m'étouffent de jour en jour ; ou bien tenter de respirer en me fondant dans l'atmosphère, en rendant souple le solide, en démolissant quelques socles à mon identité profonde. Vouloir comprendre m'a coûté une longue hypoxie - laisser tomber et chercher comment faire avec m'a redonné un souffle de vie inespéré.

Je ne saurais dire pourquoi la pluie me procure des sensations si agréables, un écho profond et précieux révélant un grand apaisement intérieur. Je sais cependant que j'attends ces jours gris et maussades tout l'été, et que lorsqu'ils sont là, je souhaiterais qu'ils ne finissent jamais.